Portrait de Henri III

D’après Jean Decourt (1530-1601) et Étienne Dumonstier (1540 -1603), Portrait d'Henri III (1551-1589), XVIIe siècle. Huile sur toile, 230 x 143 cm. Château de Cadillac© Pascal Lemaître / Centre des monuments nationaux

Documentation

Jean Adhémar, Les Clouet & la Cour des rois de France : de François Ier à Henri IV, cat. exp., Paris, Bibliothèque nationale, 1970.

Isabelle Haquet, L’énigme Henri III, Presses universitaires de Paris Nanterre, 2012.

Alexandra Zvereva, Portraits dessinés de la cour des Valois. Les Clouet de Catherine de Médicis, Arthena, Paris, 2011.

Œuvres en rapport

Le corpus des portraits individuels d’Henri III est restreint, le monarque n’ayant pas porté autant d’attention que ses prédécesseurs à son image. La production officielle révèle le choix délibéré d’Henri III d’écarter de ses présentations le manteau royal, ou même l’armure, en dehors d’une estampe gravée par René Boyvin conservée à la BnF. La présentation du roi en homme de cour domine largement, même après son accession au trône de Pologne comme le montre l’estampe de Liefrinck Hans I et II conservé à la Bibliothèque nationale de France.

Il existe trois grands groupes de portraits : ceux du début du règne, ceux, plus rares, qui ont été réalisés en 1578-1579 et ceux qui s’imposent à partir de 1580. C’est au cours de ces trois années que l’image artistique du roi se transforme, tant sur le plan de la mode vestimentaire que sur le plan de la physionomie. Cette évolution s’articule à partir de l’acte politique majeur du règne de Henri III : la fondation de l’ordre du Saint-Esprit, dont la première cérémonie se déroule en 1578 avec la création des premiers chevaliers. Les observateurs ont immédiatement perçu l’importance fondamentale de cette création à la fois politique et religieuse, permettant le resserrement des fidélités et une réforme catholique autour de la personne du roi ; d’autant que ce dernier a veillé à faire représenter l’événement fondateur sous diverses formes.

Au temps d’Henri III, l’image du roi se trouve entre les mains de nombreux artistes, le roi ne pouvant se contenter des seuls services du peintre du roi Jean Decourt et de son atelier afin de propager sa nouvelle effigie. Le roi sollicite notamment Jean II Rabel, peintre connu pour ses portraits, graveur et éditeur d’estampes à Paris, chargé de diffuser, auprès des personnages importants du royaume comme des sujets plus ordinaires, le nouveau portrait du roi.

Lorsque Henri III succède à son frère en 1574, il tranche avec ce dernier par le raffinement de sa toilette. Mais après son élection au trône de Pologne en 1573, il opte progressivement pour un habit noir d’une grande sobriété. Le portrait royal évolue : l’homme de cour cède la place à la dignité du souverain. Les riches pourpoints multicolores cèdent la place au pourpoint noir, sur lequel le ruban bleu de l’ordre du Saint-Esprit tranche, et auquel s’ajoute parfois un manteau aux larges épaulettes. La fraise est remplacée par un col plat, le toquet cède devant le bonnet dont les bords sont formés par un bourrelet. Une aigrette le surmonte, fixée par un bijou auquel répond la boucle d’oreille en perle, bijou qu’il met à la mode.

Ce portrait peint en pied est rare dans son iconographie, en dehors du dessin de François Clouet (1571) conservé à la Bibliothèque nationale de France. Si le portrait en pied se développe en France dans la seconde moitié du XVIe siècle, particulièrement sous le règne d'Henri III, beaucoup d’entre eux ont disparu du fait des destructions et des autodafés organisés par la Ligue. C’est pour cette raison que les portraits en pied qui subsistent sont des copies souvent tardives comme celui du château de Cadillac, du musée des Beaux-arts de Troyes et celui du Kunsthistorisches de Vienne.

Le style vestimentaire le rapproche des portraits en buste conservés au musée du Louvre ou au musée Condé de Chantilly, attribués de façon incertaine à François Quesnel l'Ancien, à partir d’un dessin aujourd’hui attribué à Étienne Dumonstier. Ces tableaux ont en commun de présenter une pose identique, dérivée soit du dessin d’Étienne Dumonstier de 1580 ou de celui de Jean Decourt daté de 1581, tous deux conservés à la Bibliothèque nationale de France. Decourt succède à François Clouet en 1572 comme peintre du roi, après être allé en Ecosse en tant que peintre de Marie Stuart. Il aurait exécuté des versions peintes du roi, mais d’après un dessin antérieur, réalisé avant 1574. Quant à Étienne Dumonstier, quoiqu’issu d’une dynastie de dessinateurs, on ne sait que très peu de choses sur son œuvre.

Les portraits au crayon sont une expression spécifique de l’art français du XVIe siècle. Ils apparaissent à la cour du roi René, à la fin du siècle précédent et disparaissent au début du XVIIe siècle. Alors que la noblesse préfère les portraits peints, quelques commanditaires amateurs princiers imposent le dessin. Le tableau du château de Cadillac reprend les modèles dessinés, tant pour la physionomie que pour la mode, et s’inspire de la pose de l’imprimeur anversois Liefrinck, en maintenant une composition assez classique. La pose du roi renvoie aux portraits en pied de Charles IX, avec une main est posée sur une chaise ou une table et un rideau sert de décor.

 

René Boyvin (1525?-1626?), Portrait de Henri III en pied, [s.n.]. Paris, BnF © BnF
Liefrinck Hans I et II (XVIe siècle), Henricus III. valesius d.g. franc. et poloniae. Rex, Après 1574. Estampe, 28,5 x 19,6 cm. Chantilly, musée Condé © RMN-Grand Palais (domaine de Chantilly) / image RMN-GP

 

François Clouet (1520 ? -1572), Le Duc d'Anjou, depuis Henri III, en pied, 1571. Dessin à la pierre noire, sanguine ; 32,2 x 22,4 cm. Paris, BnF © BnF

 

Étienne Dumonstier (1540 -1603), Henri III, 1580. Dessin à la pierre noire, crayon de couleur, sanguine ; 23,1 x 14,8 cm. Paris, BnF © BnF

 

Jean Decourt (1530-1601), Portrait du roi Henri III, 1581. Dessin à la pierre noire et sanguine, 23,1 x 14,8 cm. Paris, BnF © BnF

 

François Quesnel (1543-1619), Anonyme, Henri III. Huile sur toile, 66 x 52 cm. Paris, musée du Louvre © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Stéphane Maréchalle

 

D’après Jean Decourt (1530.-1601), Henri III (1551-1589), roi de France, vers 1581. Huile sur toile, 31 x 24 cm. Chantilly, musée Condé © RMN-Grand Palais (domaine de Chantilly) / René-Gabriel Ojeda

Œuvre à la loupe

 

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